Septembre 1941: La Résistance dans la
Vallée de la Nièvre Septembre 194 : les
ouvriers de la Vallée de la Somme sengagent dans la lutte pour obtenir une
amélioration de leurs conditions de travail Pour Robert Dupays, la Vallée de la
Nièvre avec ses usines textiles et sa forte population ouvrière est un haut lieu de la
résistance à l'occupant et aux vichystes : Le
journal communiste
L'Etincelle daté d'août 194, jeté dans les rues des communes de la Vallée
par des militants, crie la colère populaire : Le
9 septembre 1941, un appel est lancé aux ouvriers des usines de la société Saint
frères à Flixecourt, L'Etoile et Condé-Folie. Le personnel est invité à cesser le
travail le 10 septembre afin de présenter à la direction une demande daugmentation
de salaires de 50 %. La
Feldkommandantur d'Amiens, saisie de cette affaire, a fait procéder à une enquête et a ordonné l'arrestation de 12
ouvriers, 11 de L'Etoile et 1 de Flixecourt, pour menace de grève. En
raison de limportance de cette question des salaires, une conférence vient de
se tenir à la Chambre de commerce d' Amiens sous ma présidence, avec les présidents des
trois Chambres de commerce, les présidents des Syndicats patronaux, l'Inspecteur du
travail était à mes côtés. Les
patrons ont fait valoir les multiples difficultés qu'ils rencontrent et l'importance de
leurs charges. Ils
ont signalé que si le Comité National des Prix nadmettait pas une hausse de
ceux-ci, l'exploitation de leur entreprise deviendrait impossible. 10
septembre 1941, c'est la grève dans la vallée de la Nièvre: les ouvriers et ouvrières
des usines Saint de Flixecourt , L'Etoile, St Ouen cessent le travail. Le
directeur, M.Charlet, reçoit alors les délégués et annonce demblée une hausse
des salaires de 10%. Les revendications essentielles sont loin dêtre satisfaites,
mais cest un premier succès pour les grévistes, dans les conditions difficiles de
loccupation. La reprise du travail est alors décidée. Mais
on s'en doute, l'action ouvrière ne convient pas à la Kommandantur dAmiens et les
meneurs sont recherchés: dès le 11septembre, quinze personnes sont arrêtées à
L'Etoile, Condé-Folie, Ville le Marclet et Flixecourt. Elles sont transportées à la
prison dAmiens et y resteront de longs mois. Parmi
les résistants menacés, Marius Sire, bien
connu des services de police, est particulièrement visé. Ce Il septembre 1941, au moment
où la Feldgendarmerie se présente à son domicile pour faire une perquisition, il
réussit à s'enfuir. Plusieurs
grévistes ont témoigné: Jules Vérité (né le 16 août 1890 à Airaines, décédé le
2 janvier 1944.) a été arrêté le 11 septembre 1941 pour avoir participé à une grève
à L'Etoile, à l'usine Saint Frères des Moulins Bleus, il a été conduit à la prison
dAmiens et libéré le 11 décembre 1941. Godalier
Etienne (débitant de boisson) témoigne: "J'ai très bien connu Vérité Jules qui habitait en 1941, cité Beldame
à L'Etoile. Je me souviens qu'en septembre1941, les Allemands sont venus l'arrêter chez
lui, en même temps que Foucart Marceau et Maréchal André. Je crois que Vérité a été
arrêté pour de prétendues menées syndicalistes. Il me semble quil a été
libéré courant décembre 1941 Foucart
Marceau (cantonnier) : " J'ai été arrêté par les Allemands le 11 septembre 1941
avec Vérité. De là, nous avons été conduits à la prison d' Amiens. Cette arrestation
est due à ce que nous avions fait grève le l0 septembre au matin. A
cette époque, Vérité travaillait avec moi à lusine des Moulins bleus à
LEtoile .Jai été libéré le 17 avril 1942. Quand à Vérité, il a
été libéré le 10 décembre 1941" Maréchal
André, ouvrier dusine: " Jules a été arrêté parce quil avait
participé à une grève que nous avions déclenchée le 10 septembre 1941 au matin" Le
10 septembre 1941, quelques jours avant lexécution de Jean Catelas , les ouvriers
de Saint Frères dans la vallée de la Nièvre font donc la grève. La vie Ouvrière
organe clandestin de la C.G.T. reconstituée, rend compte de cette action : Dans
la vallée de la Nièvre (Somme), la firme Saint frères occupe des milliers de
travailleurs. Saint est un des personnages placés par Vichy à la tête du Comité
matières textiles. Profitant de la présence des baïonnettes allemandes, la firme Saint
frères avait réduit les salaires, ne tenait aucun compte des conventions
collectives .Toutes les informations que nous avons eues de cette région
concordaient pour démontrer quune misère effroyable y régnait en même temps
quune entente parfaite entre patrons et occupants hitlériens pour maintenir
l"ordre" par la terreur. A maintes reprises, les ouvriers
avaient réclamé l'augmentation de leurs salaires et l'amélioration du ravitaillement.
Chaque fois, on leur répondit par un refus insolent et la menace des sévices des
Sections hitlériennes de l'Armée allemande. Ils ont compris que toute réclamation
platonique serait vouée à un échec. Une
première fois, quelques milliers d'entre eux cessèrent le travail. Le langage plus
clair, le seul que comprennent les Saint frères et leurs congénères aboutit à un
premier résultat: une augmentation de 10 % fut accordée. Mais pour les salaires
misérables de cette région, c'était une aumône dérisoire. Les ouvriers précisèrent
alors leurs revendications: nous voulons, dirent-ils, un meilleur ravitaillement, 50%
d'augmentation, le respect des conventions collectives, la constitution de nouvelles
équipes pour le respect des 40 heures et l'embauchage des chômeurs, nous ne voulons plus
conduire six métiers, nous voulons que le patron reconnaisse comme seuls délégués
officiels ceux qui sont élus par les ouvriers. Le 10 septembre, à la même heure, dans
les usines textiles de L'Etoile, Flixecourt et de St Ouen, tous les ouvriers sans
exception mirent bas l'ouvrage. Appuyés par ce débrayage général, les délégués de
chaque usine rendirent près des directions
réclamant lacceptation des revendications. La direction Saint frères promit de les
examiner et den référer à Vichy. Mais, durant une heure à lEtoile, deux
heures à Saint Ouen, trois heures à Flixecourt, larrêt de travail fut total.
Dautre part, les délégués ont énergiquement déclaré que si les ouvriers
navaient pas satisfaction, ils étaient prêts à recommencer. L'ACTION
DES COMMUNISTES SE POURSUIT DANS LA VALLÉE DE LA NIÈVRE Robert
Dupays déclare: Au cours de l'hiver 1942-1943, je quitte L'Etoile pour habiter
Flixecourt. Je me fis remarquer par mon opposition aux exigences patronales. J'établis le
contact CGT avec Marcel Verselle et Rosé Deparis. Ensemble, nous organisons le combat
revendicatif au cur de l'usine: des arrêts de travail bien suivis, mais nous
n'étions toujours que deux à déposer le cahier de revendications René
Sara né en 1907 à St Léger-les-Domart,
demeure à Flixecourt, marié, trois enfants. Ouvrier, il a déjà été condamné à
quatre mois d'emprisonnement pour apposition d'affiches en 1939. Il
est de nouveau condamné le 4 décembre 1941 par la Section spéciale pour propagande
communiste à dix ans de travaux forcés, en infraction au décret-loi du 26 septembre
1939. Un rapport de la gendarmerie daté du 17
novembre 1941 précise : " Nous avons été informés que des tracts communistes
avaient été distribués la nuit, dans les cités ouvrières de Flixecourt. Nous nous
sommes livrés à des recherches et avons appris qu'environ une centaine de tracts
intitulés "L'Etincelle" avaient été jetés en trois ou quatre paquets de 20
à 30. Nous en avons récupéré sept. Les ouvriers et ouvrières qui les ont ramassés,
par crainte d'être inquiétés, les ont brûlés immédiatement. chez
Marcel Verselle, né à Abbeville le 20 avri11895, demeurant à Flixecourt, cité St
Gaston, condamné pour distribution de tracts Dans
l'une et l'autre maison, rien de suspect n'a été découvert. Au
cours de nos investigations, nous avons appris qu'un paquet ficelé était arrivé par un
camion de messagerie vendredi dernier au café Miksens, rue Thiers à Flixecourt, au nom
de Mme Gambier Mireille... M.Miksens
nous a déclaré que des paquets analogues à la même adresse parvenaient par la même
voie tous les quinze jours ou trois semaines et ce, depuis trois mois environ... René
Sara déclare lors de son interrogatoire :
« -Vengeons
Jean Catelas La
femme de Sara, très, malade na pu être entendu à 1'effet de savoir si elle était
complice ou non En
conséquence, nous avons déclaré à Sara René, que, " trouvant en flagrant délit de distribution de tracts communistes, nous l'avons
arrêté au nom de la loi pour
être conduit devant M. le Procureur de l'Etat français à Amiens » Un
autre rapport de la gendarmerie, d' Amiens en date du 19 novembre poursuit lenquête: « Le
17 novembre, la brigade de Flixecourt a procédé à l'arrestation dun nommé Sara
René pour distribution de tracts communistes. Le
17 novembre 1941, à l'aube, des tracts communistes ronéotypés ont été distribués
dans les cités ouvrières de Flixecourt Dés,
qu'il en eut été avisé, le personnel de la
brigade, se livra à une enquête et apprit
qu'un paquet ficelé adressé à Mme Gambier Mireille épouse Sara, avait été déposé
le14 novembre 1941 dans un café de Flixecourt par un
service de messagerie, et que ce paquet avait été retiré par un nommé
Sara René, ex-secrétaire du PC de la Vallée, de la Nièvre Plusieurs
paquets analogues, seraient arrivés depuis trois mois par le même itinéraire. Sara
reconnaît être le distributeur, des tracts , et déclare que ces tracts doivent provenir
dAmiens mais quil ignore qui les imprime. Il croit que lenvoi émane de
son beau-frère Sire Marius, militant communiste notoire qui sest enfui de
Flixecourt par crainte dêtre arrêté et qui serait réfugié à Amiens. Sara
affirme avoir cessé toute activité communiste depuis 1939, mais avoir distribué des
tracts par crainte de passer pour un lâche aux yeux de ses anciens camarades
politiques. C'est ensuite le jugement par la Section
Spéciale à Amiens le jeudi 4 décembre 1941. - Le huis clos est prononcé. Interrogatoire
de Sara: "Oui, j'ai diffusé le tract "L'Etincelle" dans une rue de
Flixecourt J'ai
brûlé des paquets de tracts dont je méconnaissais l'origine. J'étais
secrétaire d'une cellule communiste à Flixecourt. Je précise: j'ai été secrétaire
temporaire pendant deux mois seulement. Je
pense
que les paroles que vous venez de prononcer, M. le Président, sont sévères. Je ne pense
pas que le peuple français exerce une vengeance contre les magistrats qui ont prononcé
la condamnation à mort contre Jean Catelas. Dans
une lettre adressée au procureur général de la section spéciale dAmiens depuis
la maison
centrale de Clairvaux, datée du 3 août 1942, il est précisé : « Sara René
condamné le 4 décembre 1941 à dix ans de Travaux forcés et qui subit actuellement une
peine de cinq ans de réclusion prononcée par la FK 580 dAmiens
pour non remise et distribution de tracts anti-allemands a été transféré ce jour en
Allemagne par les autorités Allemandes pour y subir sa peine. » |